Le mot de la Présidente-directrice générale
Appartenant à une famille de Fès, née à Casablanca, c’est toujours à Tanger que je me précipite dès que j’en ai l’occasion, attirée par elle comme par un aimant.
Jacques Berque, mon maître et ami, héritier de Fernand Braudel, décrivait la « Mare nostrum » comme un polygone étoilé. Tanger l’est aussi. Ville d’intensité, de passion, de regards croisés, elle est synonyme de voyages, de secours pour la Beat Génération, de vouloir-vivre au présent, un présent puissant. On y séjourne ou on y habite, avec légèreté et profondeur à la fois. Elle est toujours en gestation, tournée vers un avenir qu’elle souhaite de plus en plus radieux. C’est ainsi d’ailleurs que Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, la veut, l’ayant développée dès son accession au trône et continuant de le faire avec force et détermination. Une ville au cœur battant, toujours en mouvement, située au partage des eaux, entre la puissance de l’Atlantique et le calme apparent de la Méditerranée. Quelle beauté ces rivages… Ces trois rives dont elle jouit, celle du nord qui nous mène à l’Europe et au-delà, celle du sud qui trace le début de la frontière du Maroc et la troisième, celle que chacun voit, selon les penchants de son âme et du temps qui passe, comme un rêve d’ailleurs, d’ouverture à l’autre, de spiritualité ou de contemplation. Je connais chaque recoin de Tanger et de ses rives et mon cœur et ma raison s’entendent pour l’aimer profondément. Comme une ressemblance.
C’est sans doute pour cela que je l’ai choisie pour y créer un nouveau festival, pluriel comme elle. S’y mêleront la voix, première musique du monde, les instruments, qui permettent de la glorifier, la danse, où le corps en mouvement bouge comme les deux mers, les arts picturaux et photographiques, et bien sûr, la parole et la poésie sans lesquelles aucun être doué de sensibilité ne peut vivre une vie de plénitude. Tanger les inspire, les rassemble, les distingue dans leur qualité et leur diversité.
En créant un tel festival, enraciné au Maroc et déployant ses bras vers le monde, comme le fit Ibn Batutta, je souhaite rendre hommage à une ville toujours mythique, à la coexistence des cultures et à l’art; sel de la terre, d’hier à demain.
Une telle entreprise ne se fait pas seule. Si l’idée s’est imposée à moi, elle ne peut se concrétiser sans l’apport précieux d’hommes et de femmes qui y travaillent avec enthousiasme et abnégation, et ce pour aboutir à la qualité que nous exigeons ensemble. Ces soutiens me sont indispensables et je remercie chacun et chacune de son adhésion immédiate. Je le sais, elle ne se démentira pas. Un festival, et particulièrement une première édition, requièrent beaucoup d’inspiration, mais aussi de savoir-faire. C’est leur apport qui m’aidera à le mener à bien.
J’espère que vous serez nombreux à venir « chanter Tanger » et accomplir avec nous ce voyage initiatique. En attendant ce moment avec impatience, je laisse le dernier mot au grand écrivain Milan Kundera : « Il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses. »
Nadia Benjelloun
Docteur de l’Institut d’Etudes politiques de Paris et agrégée de philosophie, Nadia Benjelloun concentre depuis de longues années l’essentiel de ses activités sur les grands enjeux internationaux, politiques, culturels et civilisationnels du Grand Bassin Méditerranéen et du Proche Orient.
Ses racines familiales, à la fois marocaines, françaises et grecques, lui ont conférée le goût des identités plurielles, l’ouverture aux réalités multiculturelles du monde. Spécialiste de l’aire méditerranéenne, femme engagée pour la paix au Moyen Orient, elle a occupé de nombreuses fonctions dans des institutions internationales, auprès de personnalités du monde politique et dans la presse. Parmi les nombreux ouvrages qu’elle a publiés, on peut citer La Palestine, un enjeu, des stratégies, un destin, (Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Paris, 1984) et Yassar Arafat, La question palestinienne, Entretiens avec Nadia Benjelloun, (Fayard, Paris, 1991). Elle a par ailleurs dirigé la collection Rencontres chez Albin Michel, de 2009 à 2011.
Nadia Benjelloun a été directrice internationale du Festival de Fès des musiques sacrées du monde jusqu’en 2012 et directrice des Rencontres du festival Les Orientales à Saint-Florent-Le-Vieil.
Un attachement particulier la relie à Tanger, dont son oncle, Abdellatif Benjelloun Touimi fut un gouverneur respecté. Elle est l’initiatrice et la directrice générale du Festival des Trois Rives – Tangers Chante le monde, dont la première édition se tiendra en mai 2025.
Distinctions
Festival des Trois Rives – Tanger 2025, un événement où les cultures et les arts se rencontrent.